LGV Casablanca-Tanger : politique post coloniale sans vergogne à la française
| LGV PL : l'imposture - LGV : impacts politiques |

extrait du bulletin Rail sans frontière de mars 2011 n°1
Dans un pays endetté de plus de 50 milliards de dollars à fin 2009, où 28% de la population vit en situation de pauvreté, où 40% de la population fait face soit à des difficultés pour maintenir un mode de vie modeste ou tout simplement pour survivre au jour le jour; dans un pays où le réseau ferroviaire n'a pratiquement pas été élargi depuis plus de 40 ans, le projet de ligne à grande vitesse LGV n’a aucun sens et pose les questions suivantes : le TGV estil une priorité pour les Marocains aujourd'hui ? A quel prix ? Qui en bénéficiera réellement ?
Un TGV : pourquoi faire ?
La version officielle justifie la mise en place du TGV entre Casablanca et Tanger par une réduction dite importante de temps de voyage : le futur TGV permettra de faire le trajet Casablanca - Tanger en 2h10 contre 4h45 aujourd'hui.
A quoi bon, quand la majorité des voyageurs qui prennent le train reliant Tanger à Casablanca ou à Rabat se soucie plus du coût du voyage et de la qualité du service plutôt que de sa durée ? Les retards dépassent parfois 3 heures ! Pour le prix, «l'offre de tarification sera compétitive et en harmonie avec le pouvoir d'achat des usagers du train», mais de qui se moque-t- on ?! La tarification actuelle pour des trains normaux n'est déjà pas en harmonie avec le pouvoir d'achat des usagers : entre 23 et 34 € l'aller-retour pour un SMIG qui ne dépasse pas 182 € !! La version officielle souligne aussi que «ce projet d'envergure ne manquera pas d'accompagner le développement du nouveau pôle économique de Tanger-Tétouan, en raccourcissant les distances entre le Nord et le Sud du Royaume». Si on voulait vraiment 2 relier le nord avec le sud, ne serait-il pas plus intéressant d'investir cet argent pour relier Marrakech à Agadir ? Ce tronçon qui attend depuis plus de 40 ans et qui aurait participé au désenclavement de toute la région du Souss et épargné aux nombreux citoyens qui font le déplacement vers cette région les mésaventures de transports routiers sur des routes particulièrement dangereuses. Ou encore : «Libérer de la capacité pour fluidifier le trafic ferroviaire fret sur cet axe (effets d'entrainement du port de Tanger- Med) ?
Mais le comble c'est lorsque la version officielle cherche à convaincre de l'utilité d'un tel projet en avançant des slogans aussi trompeurs que sournois du genre «le Maroc sera le premier pays d'Afrique et du monde arabe à se doter du TGV» ; et alors ?! Nous n'avons même pas un réseau d'assainissement capable d’éviter de couper toutes les routes et les lignes qui mènent vers cette ville y compris les lignes ferroviaires pour une journée entière !
À quel prix ?
Pour un projet dont l'utilité reste à démontrer, les Marocains auront à payer 20 milliards de dirhams (1,8 milliards d'euros), ce qui représente 40 % du budget de l'enseignement pour l'année 2011, 182% du budget de la santé ou encore 39 fois le budget de la culture pour la même année ! Pour trouver des financements à ce nouvel éléphant blanc,le ministre de l'économie et des finances n'a pas eu de difficultés à trouver 4,8 milliards de dirhams dans les caisses de l'Etat, lui qui pleurnichait à chaque fois qu'il s'agissait de dépenses sociales et prônait un plan d'austérité. Un autre milliard provient du Fonds Hassan II pour le développement économique et social, un fond alimenté par la mise aux enchères de nos établissements publics des plus «rentables». Pour le reste, le gouvernement s'est tourné vers la solution de facilité qui continue d'absorber plus du 1/3 du budget de l'Etat à savoir l'endettement. La somme de 12,3 milliards de dirhams a été empruntée à différents créanciers, dont des créanciers français du trésor et de banques commerciales pour 6,875 milliards de dirhams et de l'Agence Française de Développement pour 2,42 milliards de dirhams, en plus d'un don de l'Etat Français de 825 millions de dirhams. Ce sont «des prêts concessionnels avec des taux d'intérêt avantageux entre 1,2 et 3,16 % et des délais de grâce importants allant de 5 à 20 ans», avec des taux variables. Chaque année, plus du 1/3 du budget de l’Etat sera absorbé par le service de la dette.
Qui en bénéficiera réellement ?
Sur les six conventions, la 6ème a été conclue avec le groupe français Alstom qui va fournir 14 rames à deux niveaux, chaque rame comprendra 8 voitures pour 533 voyageurs. Cette convention a été signée en gré à gré sans aucun appel d'offres ! Selon le ministre «Les prix de ce contrat sont au moins aussi avantageux que ceux des marchés comparables conclus en France et en Europe.» Sa parole est donc suffisante pour accorder un marché de plus de 4.5 milliards de dirhams à cette multinationale française ! Alstom est un des grands bénéficiaires avec un contrat de plusieurs centaines de millions d'euros.
Des trains à deux vitesses pour un Maroc à deux vitesses
Actuellement, les trains dépassent à peine les 60km/h et la situation de certains est catastrophique (absence de climatisation, toilettes non fonctionnelles, nombres réduits de sièges ...etc.). Ce projet de ligne TGV à 350Km/h est à l'image du Maroc à deux vitesses : 60 km/h pour ceux qui ont presque rien et 350 km/h pour ceux qui ont tout !
Cet article se veut une modeste contribution pour essayer de répondre à ces questions à travers une analyse critique de la propagande officielle faite autour de ce projet et, au-delà même, en se posant la question fondamentale du contrôle citoyen des grands projets structurants en cours au Maroc et la légitimité de ces choix et ces engagements faits par l'Etat en dehors de toute consultation des populations qui auront encore une fois à subir les conséquences sociales, économiques, écologiques de tels choix
autre article sur ce thème : En France comme au Maroc, ils nous pourrissent la vie !
Mis à jour (Jeudi, 26 Mai 2011 14:01)















